L’association Animaux au Grand Coeur
Interview de Marie-Lou Roux.
Question 1 : En quelques mots qui es-tu ?
Je m’appelle Marie-Lou, de formation je suis éducatrice et enseignante spécialisée, j’ai la passion pour les humains extraordinaires et les animaux. Du coup je me suis formée en zoothérapie pour pouvoir travailler auprès des humains extraordinaires et aux besoins spécifiques avec les animaux.
Question 2 : Comment est né ton amour pour les animaux ?
Je pense que c’est dans mon enfance. Déjà je suis fille unique et dans ma famille il y a toujours eu des animaux à la maison…des chats, des chiens et mêmes des cochons d’Inde. De plus je ne suis pas quelqu’un qui parle beaucoup et je pense que l’animal me permettait de me confier et de partager des choses comme je n’avais pas de frères et de sœurs. Donc oui je dirai que cet amour est né très tôt dans mon enfance. Plus tard, vers 10 ans j’ai développé un amour pour les chevaux que j’ai pu côtoyer et monter pendant 7 ans.
Question 3 : Les Animaux au Grand Cœur en quelques mots c’est ?
C’est une association qui propose de la zoothérapie à toutes les personnes qui ont besoin d’un accompagnement ou d’un coup de pouce pour aller mieux.
Question 4 : Peux-tu nous expliquer simplement ce qu’est la zoothérapie ?
La zoothérapie est une méthode d’accompagnement de la personne ou une méthode de relation d’aide qui utilise la présence d’un ou plusieurs animaux pour atteindre un mieux-être. Le but est vraiment de stimuler le bien-être de la personne. L’animal est un soutien pour la personne qui bénéficie de la zoothérapie mais aussi pour moi qui intervient, et ensemble nous travaillons pour que la personne améliore sa qualité de vie. L’animal est un partenaire de travail, parfois il est simplement un prétexte pour développer certaines aptitudes parfois il est très actif dans le travail de zoothérapie, cela dépendra des besoins de la personne et des objectifs poursuivis.
Question 5 : Raconte-nous une de tes journées types ?
Tous les jours commencent par du nettoyage. En principe j’ai une heure voire une heure trente de nettoyage par jour. Donc je commence par ouvrir l’enclos aux lapins pour qu’ils puissent profiter du grand pré à leur disposition, ensuite je nettoie leur enclos, je donne à manger et à boire. Ensuite je m’occupe des cochons d’Inde, des poules et des chèvres. Les chèvres donnent beaucoup de travail car elles font plus de cheni ! Ensuite ma journée se poursuit. Si j’accueille des personnes pour des suivis individuels en zoothérapie, je vais devoir préparer la salle de travail, préparer le matériel de travail et préparer la séance. Et parfois je fais des sorties comme ce matin je me suis rendue à l’EMS du Christ-Roi. Donc je dois préparer le sac avec le matériel, préparer la voiture, les cages de transport. Après la visite je dois à nouveau ranger le matériel, nettoyer et désinfecter les cages, faire la lessive avec les draps souillés par les animaux. Parfois je fais de l’enseignement comme chez toi Marion, parfois je reçois des élèves dans ma structure à Grimisuat pour leur proposer de la zoothérapie. Et la journée se termine par un petit passage aux animaux avant la nuit pour vérifier que tout le monde va bien avant de pouvoir rentrer m’occuper de ma famille. Donc mes journées commencent toujours de la même façon, c’est-à-dire que je m’occupe de mes animaux (balade des chiens compris), même les week-ends ! Entre-deux il y a parfois des contrôles chez le vétérinaire ou alors je prépare du matériel ou je vais acheter de quoi nourrir les animaux et changer leur litière.
Question 6 : Qu’est-ce que tu préfères dans ton métier ?
Le lien aux personnes. En fait l’animal me permet de me sentir en sécurité mais ce que je préfère c’est le travail avec les personnes et de pouvoir le faire avec les animaux c’est encore mieux. Je pense à tous ces moments de partage, à ces moments de rires, c’est tellement beau et précieux. Je récolte beaucoup de gratitudes de la part des personnes que j’accompagne, c’est très enrichissant. Ce lien avec les humains me fait vibrer et d’avoir les animaux à nos côtés c’est encore meilleur.
Question 7 : Qu’est-ce qui est le plus difficile dans ton métier ?
De ne pas avoir de place pour l’imprévu, tout est assez organisé, car si je ne suis pas là pour m’occuper des animaux je dois absolument avoir quelqu’un qui me remplace, les chiens aussi demandent beaucoup, je ne peux pas les laisser une journée entière seuls dans la maison, il faut les sortir plusieurs fois par jour. Donc parfois je trouve que c’est dur car c’est tous les jours. J’aimerai bien pouvoir me dire une fois « allez on part ce soir faire une virée sans m’inquiéter de la logistique autour des animaux. Peut-être ce qui est difficile c’est aussi le sentiment de responsabilité qu’on a envers les animaux, parce qu’ils sont sous ma responsabilité et je dois veiller à ce qu’ils aillent bien. Et ça c’est parfois lourd car c’est une grande responsabilité…s’ils sont malades, s’ils se blessent, je vais culpabiliser. Quand on travaille avec le vivant on sait qu’on va être confronté à des évènements parfois difficiles comme la mort des animaux. C’est un risque que l’on prend en travaillant avec eux.
Question 8 : Quels sont les différents profils de personnes qui font appel à toi pour faire de la zoothérapie ?
Toutes les personnes peuvent profiter de la zoothérapie, autant les enfants, que les ados, que les adultes ou les personnes âgées. Mais chez moi j’ai principalement des enfants ou des élèves qui rencontrent des difficultés d’apprentissage ou qui sont en situation de handicap, qui ont besoin d’un petit coup de pouce. Ce n’est pas toujours un long accompagnement, mais parfois un peu d’aide pour stimuler la confiance, l’estime de soi, pour développer l‘intelligence émotionnelle. Et les animaux facilitent la prise de parole notamment autour de sujets plus personnels. J’accompagne aussi des adultes qui ont une phobie des chiens, ou alors des adultes en situation de handicap qui viennent profiter de la stimulation des animaux dans un environnement naturel pour sortir de leur quotidien institutionnel. Il y a aussi des adultes qui souhaitent faire un travail personnel tout en étant accompagné et soutenu par les animaux. Et je vais visiter les personnes âgées dans certains EMS. Voilà un peu les profils. Mais on peut imaginer des personnes qui ont des troubles psychiques, sensoriels, quelle que soit leur difficulté la zoothérapie devrait pouvoir amener un mieux-être. Cela me permet de toucher un public large et ainsi j’ai appris un tas de choses, c’est très chouette pour moi aussi ! Par contre, il faut quand même que les personnes bénéficiaires aiment les animaux.
Question 9 : Si tu étais un animal tu serais…..
Un oiseau ! Pour moi l’oiseau c’est quelqu’un de libre…libre de penser, libre de faire ce qu’il veut, de voler où il veut et ça ça me plait. Je pense que je serais un petit oiseau, mais lequel je ne saurais dire. Quoique la huppe fasciée me fascine beaucoup, mais cela n’a pas vraiment d’importance. L’important pour moi c’est la liberté de l’oiseau !
Question 10 : Si tu avais une baguette magique tu ferais quoi ?
Peut-être permettre aux gens d’être plus en connexion avec le monde animal et dans la nature. D’être conscient que c’est plus important d’être dans une relation sincère que dans ces relations virtuelles. Actuellement on a tellement accès aux médias et l’utilisation de ces outils technologiques coupent le lien sincère entre humains. Et je pense que j’aimerais faire ralentir les gens. On est tous à faire 10’000 choses en même temps et j’ai l’impression que les gens pensent que plus on fait plus on est. Alors que je pense que c’est tout l’inverse qui se passe. Plus on fait plus on se perd. Peut-être que de ralentir nous permettrait de mieux se connaître, de nous regarder dans le miroir et de se demander qui suis-je vraiment, quelles sont mes valeurs…je pense que ça pourrait faire du bien !
Question 11 : Raconte-nous une anecdote avec un de tes animaux.
Ohlala il y en a beaucoup et laquelle raconter ?!?
Je vais vous parler de Gratin mon bouc de 14 ans. Il y a quelques années, quand je suis arrivée dans le pré, Gratin était assis avec les yeux fermés quand je l’ai rejoint. Pendant un instant je me suis dit qu’il nous avait quitté en position assise. Mais non en fait il dormait assis !
J’aurai tant d’anecdotes à partager, et finalement c’est plutôt ce qu’ils font dans la relation avec l’humain qui est drôle. Je me souviens d’un cochon d’Inde aux poils longs qui m’a accompagné en EMS et d’un Monsieur qui en l’apercevant a dit : « Oh une moumoutte qui bouge », cette situation nous a tous fait beaucoup rire !
Question 12 : Avec quel animal rêverais-tu de travailler ?
Alors actuellement je travaille avec des chèvres, des poules, des lapins, des cochons d’Inde, deux tortues et deux chiens. J’ai toujours été attirée par les chevaux mais je ne crois pas que je voudrais travailler avec…..pourtant les équidés m’attirent beaucoup.
Ahhh je sais, les cochons ! Le cochon est un animal très intelligent et encore une fois je pense que le cochon est un animal, comme le lapin, totalement inconnu des gens. On pense que c’est juste un porc qu’on mange, alors que c’est un animal hyper intelligent, sociable et câlin. Alors peut-être que je ne choisirai pas la truie de 150 kg, mais peut—être une race naine. Ce sont des animaux très rigolos qui ont des habitudes très particulières qu’on ne connait pas du tout, comme faire de longues siestes dans un nid douillet confectionné par leur soin avec des coussins ou des couvertures par exemple. Je pense que travailler avec des cochons permettraient aussi aux gens de découvrir cet animal.
Tu ne t’attendais pas à cette réponse Marion ?!? (rire)
Question 13 : Pourquoi as-tu voulu faire de la zoothérapie ?
En travaillant de nombreuses années auprès des familles et des enfants touchés par un handicap, je me suis rendue compte que tout le monde était submergé par les rendez-vous, les thérapies, le sentiment de devoir absolument tenir un planning, stimuler à tout prix, les gens étaient beaucoup dans le faire. Et j’ai constaté que ces personnes développaient un sentiment de culpabilité si elles ne faisaient pas le nombre de stimulations recommandées, si elles ne faisaient pas tout ce qu’on leur recommandait. Et j’avais envie de proposer quelque chose où on prend le temps de faire les choses, et l’animal nous force à ralentir, à nous poser, c’est le prétexte idéal pour prendre le temps d’être. A un moment donné je me suis dit que ce n’était plus possible de continuer à courir ainsi dans tous les sens et j’avais l’impression de participer à cette pression et c’est là que je me suis dit que je devais essayer de proposer autre chose. Ce n’est pas facile car les familles sont dans cet engrenage de toujours faire plus parce qu’on leur dit que c’est la seule façon pour que la situation s’améliore et moi j’arrive en leur proposant de ralentir….je suis parfois à contre courant, mais je pense que la zoothérapie répond aux besoins de nombreuses personnes. Voilà pourquoi j’ai décidé de faire de la zoothérapie, j’avais envie de privilégié le lien dans mon accompagnement. Personnellement ça m’apporte aussi quelque chose, ça m’a permis de ralentir également car on se laisse vite entraîner par cette tendance à vouloir en faire toujours plus.
Question 14 : Un film, un livre, un spectacle que tu aimerais partager ?
Les livres de Maud Akaoua, Respire, Kilomètre zéro ou Plus jamais sans moi, m’ont beaucoup inspiré. J’ai adoré ces livres car ils m’ont permis de faire un chemin intérieur, un travail d’introspection. C’est chaque fois des héros qui sont confrontés à leur quotidien, ils fonctionnent sans trop réfléchir et un évènement va venir bouleverser leurs croyances, qui va les sortir de leur zone de confort et qui va les obliger à se demander qui je suis vraiment, quelles sont mes valeurs. Ce sont de beaux livres que je recommande !